Au temps maudit des colonies
Crédit photo : Jean-Claude Djian
La loi du 23 février 2005 et sur son article 4 portant sur l'introduction, dans les programmes scolaires, de la nécessité d'évoquer le «rôle positif de la présence française» dans le cadre de la colonisation prouve que des tabous existent encore dans notre pays concernant cette époque de notre histoire. Avec ce texte passé en catimini à l’assemblée et qui revient, tel un boomerang, à la face des députés et de l’opinion publique aujourd’hui, on se rend compte que les tabous les plus forts sont ceux qui concernent la politique de l'Etat républicain.
René Depestre, d’origine haïtienne poète, romancier et essayiste donne son point de vue sur un sujet qu’il connaît bien.
René Depestre, qui a passé une grande partie de sa vie en exil, est francophone jusqu’au bout de sa plume, et anticolonialiste jusqu’au fond de son cœur. Il a, dans ses écrits, chantés les beautés de son île perdue, de ses racines créoles et vaudou, du régime militaire autoritaire et fantoche haïtien (« Le mat de cocagne ») et des voluptés des femmes jardin (« Eros dans un train chinois »). Cet artiste, comme il aime à se présenter, qui va vers ses 80 printemps, fut aussi un militant engagé. Compagnon de route de Che Guevara et de Fidel Castro après l’instauration de la révolution à Cuba, il milita contre la colonisation auprès de Léopold Sédar Senghor et d’Aimé Césaire. Il a su dans son essai « Bonjour et Adieu à la Négritude », démythifié l’époque où, au visage du monde, le « noir fonctionnait comme une verrue de l’histoire et le blanc comme un grain de beauté. »
René Depestre a été récompensé en 1988 par le prix Renaudot pour son roman « Hadriana dans tous mes rêves, un livre envaudoutant. Bien qu’il ait dit adieu à la poèsie, consacrant les étés indiens qu’il lui reste à la prose, il était normal de vous donnez un goût de ce qui fut son premier amour... en littérature : La Poésie.
Ce n'est pas encore l'aube dans la maison
La nostalgie est couchée à mes côtés.
Elle dort, elle reprend des forces,
ça fatigue beaucoup la compagnie
D'un nègre rebelle et romantique.
Elle a quinze ans, ou mille ans,
Ou elle vient seulement de naître
Et c'est son premier sommeil
Sous le même toit que mon coeur.
Journal d'un animal marin



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