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18/11/2005

Hugo et les misèrables

Hugo_2Les Misérables de nos banlieues

En mémoire à Zyed et Bouna mort électrocutés à Clichy sous Bois.

Si Victor Hugo, le romancier, le poète, le visionnaire qui a dépeint la déliquescence et l'injustice de la société française du XIXème siècle  dans "Les Misérables", avait été le témoin de la crise nos banlieues, il aurait su trouver les mots à dire et à écrire.

Au fait, que disait-il : "Quand on ouvre une école, on ferme une prison." Ou encore. "Tous les crimes de l'Homme commencent par le vagabondage des enfants."

Les enfants, Victor Hugo a su les dépeindre dans son oeuvre. Rappelez vous de Gavroche, le Titi qui se retrouva au milieu des barricades durant la révolte des "Trois Glorieuses" du 27-28-29 juillet 1830. Il chantait en ramssant les muinitions tués des soldats de Charles X quand lui aussi reçu la mitraille.

Gavdreamingc_selon_hugo_1 La mort de Gavroche.

(Gavroche dessin de V.Hugo)

"Il rampait à plat ventre, galopait à quatre pattes, prenait son panier aux dents, se tordait, glissait, ondulait, serpentait d'un mort à l'autre, et vidait la giberne ou a cartouchière comme un singe ouvre une voix. De la barricade, dont il était encore assez près, on n'osait lui crier de revenir, de peur d'appeler l'attention sur lui. Sur un cadavre, qui était un caporal, il trouva une poire à poudre.
- Pour la soif, dit-il, en la mettant dans sa poche.
À force d'aller en avant, il parvint au point où le brouillard de la fusillade devenait transparent. (...)
Au moment où Gavroche débarrassait de ses cartouches un sergent gisant près d'une borne, une balle frappa le cadavre.
- Fichtre! dit Gavroche. Voilà qu'on me tue mes morts.
Une deuxième balle fit étinceler le pavé à côté de lui. Une troisième renversa son panier.
Gavroche regarda et vit que cela venait de la banlieue.
Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l'oeil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta:
On est laid à Nanterre,
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau.
Puis il ramassa son panier, y remit, sans en perdre une seule, les cartouches qui en étaient tombées et, avançant vers la fusillade, alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta:
Je ne suis pas notaire,
C'est la faute à Voltaire,
Je suis un oiseau,
C'est la faute à Rousseau.
Une cinquième balle ne réussit qu'à tirer de lui un troisième couplet:
Joie est mon caractère,
C'est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C'est la faute à Rousseau.
Cela continua ainsi quelque temps. Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup.
C'était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l'ajustant. (...)
Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s'affaisa. Toute la barricade poussa un cri; assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda du côté d'où était venu le coup, et se mit à chanter:
Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à ...
Il n'acheva point. Une seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois il s'abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s'envoler."

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Voici les sites qui parlent de Hugo et les misèrables:

Commentaires

Bonsoir Jean Claude. Je vais peut être te surprendre, mais je n'achète pas cette
histoire qui voudrait nous faire passer pour des "damnés de la terre" des Mustapha de 14 ans encapuchonnés dans leur Lacoste le cocktail molotov à la main.

Je n'ai pas vocation à m'exprimer sur ces banlieues, mais j'y verrai plutôt un remake des "Mystères de paris" tant d'évènements sont occultés à souhait et me laissent dans une circonspection la plus profonde.

Pourquoi en 2005 deux adolescents bien sous tout rapport, irréprochables sur le plan de leur virginité judiciaire, en arrivent ils à considérer un transformateur EDF comme une zone de sécurité face à l'éventualité d'un simple contrôle de police ?
Faut il au moins que la peur soit grande, les terrorise à un point tel que mettre en danger leur vie en danger – l'endroit n'est quand même pas le plus accueillant du monde – leur semble justifiée.
Je veux bien tout entendre, violences policières, harcèlement policier, humiliation au quotidien, mais penses tu réellement que cela vaille la peine de s'abriter dans un central EDF ?

Je n'ai jamais entendu une seule conclusion de cet évènement – médiateur, policier, politique, qui indique une marche à suivre claire à des jeunes, ou des moins jeunes au passage : on ne fuit pas devant les forces de l'ordre au péril de sa vie et éventuellement de celles des autres, je pense a quelques cas de courses poursuites en voiture. Aucune réflexion sur ce sujet, aucune remise en cause de part et d'autre.


Pour le journaliste que tu es, la couverture médiatique devrait également t'interpeller.
Le « retour au calme » était décidé et dès lors devait devenir l'axe majeur de cette couverture.
Annoncée le week-end même ou Sarkozy se rendait sur les Champs Elysées, on le voyait entouré d'une escorte impressionnante se dépêcher de prendre ses jambes à son cou devant des « troubles ».
Sur une avenue réputée pour son agitation, avec un déploiement massif de près de 3000 CRS, des « troubles » peuvent impunément se tenir devant le ministre en personne. A aucun moment la nature de ces troubles ou « émeutiers » n'a été évoquée. Le calme devait être restauré par média interposé. Le nombre de véhicules brûlés a donc disparu des journaux, et une simple centaine de véhicules brûlés est considérée comme normale. Chacun perdant son véhicule appréciera cette notion fort particulière du calme. La normalité est rétablie, ce qui sincèrement laisse augurer du pire.

Déployer l'armée ? Mon Dieu quelle horreur !
La voir tous les jours dans les gares dans le cadre de VigiPirate ne dérange pourtant personne.
L'idée de déployer l'armée dans un rôle de surveillance des bâtiments est-elle si impensable ?
Pourquoi s'imagine t'on voir des chars Leclercq dans les rues de clichy ou des paras refaire le nettoyage de la casbah d'Alger ? Mettre deux plantons en faction devant une école pouvant intervenir au moindre départ de feu c'est vraiment fasciste ?

Dans le même registre du traitement médiatique, il est des silences qui sont criants.

Aucune mention des cris répétés de « allah ouakbar » pour de nombreux émeutiers, la notion d'un islam tranquille devant perdurer. On nous montrera au contraire des imams parcourant le centre ville et lançant des fatwas pour restaurer le calme accompagnés de force de l'ordre. Dans le même temps, des commerces non-musulmans sont visés alors que restent intact leurs homologues halal, que des signes distinctifs sur les véhicules prouvant leur islamicité suffisent à éviter les flammes de certains émeutiers. J'aurais au moins souhaité que cela puisse être dit ou contredit. Silence radio, et télévisuel. Dans le même temps, se gausser de CNN qui titre sur les « muslim riots » est de bonne compagnie.Pas une seule mention des églises incendiée, il aura fallu attendre le dernier avatar en la matière pour aborder le sujet, et de quelle façon.

Appeler un chat un chat est désormais impossible. On croyait avoir déjà atteint un sommet avec Jean Pierre Chèvenement et ses « sauvageons », on n'avait encore rien vu. Incendier une école ou une handicapée est en quelque sorte un « appel au secours », relayant le terme d' »incivilité ».
Comment a t'on le droit d'appeler ces personnes qui agissent de la sorte ?
Chacun à son vocabulaire, mais racaille ne me dérange pas. Bien mois que celui de « jeunes » qui est utilisé pour ne choquer personne, et faire au passage le plus malhonnête des amalgames.
L'honnêtete journalistique voudrait qu'on reprenne les propos exacts du ministre et dans quel contexte ils ont été utilisés. Vouloir faire croire et reprendre en boucle l'idée que Sarko considérait TOUS les habitants de banlieues comme de la racaille qu'il fallait nettoyer au karcher est une malhonneté, une contre-vérité. Quoi qu'on pense du personnage.

Et le bouquet final pour moi, l'emploi, la pauvreté sociale et le racisme.
Je ne crois pas un seul instant que les participants aux saccages de bus, aux passages à tabac de tous ceux qui ne leur plaisent pas, soit des gens qui ont envoyé des centaines de cv restés sans réponse.
A 14 ans, ou mieux 11 ans, l'envoi de cv est encore bien limité. L'excuse parfaite que voilà, « je trouve pas de travail ». sauf encore une fois que c'est un mensonge éhonté.
Tout le monde ne cherche pas du travail en banlieue au sens classique du terme. L'économie souterraine est bien réelle, dégage des bénéfices plus que conséquents et permet dans la complicité quasi générale de fermer les yeux sur bien des trafics qui arrangent tout le monde. Et la frontière entre le légal et l'illégal est bien plus floue qu'on ne le pense. Tel commerce ayant pignon sur rue, financé par de l'argent sale, est certes bien légal.


On nous ressort donc le fameux racisme. Et j'en ai plus que marre. D'abord car les personnes en charge du recrutement sont les tenants d'un ordre politique qui nous rabâche depuis des décennies son nanti-racisme et n'arrive même pas à le prouver. Pour parler clair, les recruteurs ne sont pas des méchants anciens de l'Algérie Française inscrits au Front National qui chantent Heili Heilo dans leur baignoire. Mais bien des fils et filles d'une génération qui a connu et grandi avec SOS Racisme, a fréquenté dans son université des « étrangers », s'indigne du moindre « danger fasciste » et vote à 82% pour « Chirac le petit ». Des parfaits anti-racistes donc, donneurs de leçons à ces pauvres débiles d'électeurs FN qui ne comprennent rien sauf de vivre parfois au plus près les délices de la société multiculturelle. Eh bien toutes ces bonnes intentions, ces professions de foi anti-racistes, disparaissent comme par enchantement dès qu'il s'agit de recrutement !
Cet hystérie anti-raciste, où nous a t'elle conduit ?
Les Dieux footballistisques black blancs beurs de 1998 ont fait long feu, servant à vendre les abonnements téléphoniques de Mr Desailly plus que de faire avancer une intégration irréalisable sur de telles bases médiatoc.
Le foot et la politique, c'est bien connu, ca ne mène pas très loin. En 1934 déjà, l'équipe championne du monde faisait le salut fasciste et témoignait de la supériorité du modèle mussolinien.
On sait ce qu'il en est advenu ...

Je lisais encore ce soir la newsletter de Génération Précaire qui nous relatait ses contacts avec le monde politique et précisait dans une formule du plus convenu qu'il rencontrerait tous les députés – à l'exception bien sur des députes du Front National. Ce qui, il faut l'avouer ne constitue pas un grand exploit quand on connaît le nombre exact de députés FN siégant à l'Assemblée.
Dans la France des années 60, bien plus marquée par le drame algérien et la décolonisation difficile, il ne me semble pas que l'idée d'un cv anonyme ait été utilisée pour faire venir par milliers les travailleurs dont les entreprises avaient besoin. Je ne rappellerai pas la situation des travailleurs étrangers dans les pays du Golf(e) pour dire que trouver un travail et lutter contre le racisme sont deux choses légèrement différentes. Ce bien-penser est pour moi un échec complet.

L'Etat lui même – le recrutement par concours est quand même la norme et l'adresse sur le CV ne joue pas quand même un rôle déterminant dans les épreuves – ne se doit il pas d'appliquer calmement l'égalité républicaine ? Dans une autre newsletter, celle d'actuchomage, on apprenait qu'une plainte contre l'EDF et la SNCF pour discrimination par l'age venait d'être déposée.
Les mêmes qui viendront pleurer des larmes de crocodiles sur le sort de Mustafa s'il a 20 ans n'auront pas de scrupules à mettre à la poubelle des cv de 40 ans. C'est moins médiatique en effet.
On a vu ressortir Croissance Plus et son contrat à code postal, une grande idée que voilà.
Un code postal sensible, et hop, c'est un CDI avec trois ans d'exonération de charges sociales pour l'employeur. A chaque occasion, nos amis patronaux de Croissance Plus inventent un contrat de travail dont la particularité consiste toujours en l'exonération de charges. Chacun appréciera cet opportunisme d'une association qui ne sait pas mettre a jour son site internet depuis deux ans mais lache ses communiqués de presse au moindre incident dans le sens qu'on connaît.


Et surtout, l'idée de faire croire qu'on va régler les questions par le travail, par un retour à l'emploi est une chimère dangereuse. La France n'a pas à offrir a ses fils et filles , jean marc ou mohammed les emplois pour lesquels son système éducatif les prépare.On peut décider de jouer à une version du jeu des chaises musicales, mais rien n'y fera. A qui fera t'on croire qu'un CES sera compétitif en terme de prestige social et de rémunération face à l'argent du crime ?

Comme tu le vois, je n'ai que peu de choses à dire sur la question des « banlieues ».
Il n'y a pas si longtemps, des gens mourraient en France dans des incendies d'hôtel ou ils s'entassaient. Et tous n'étaient pas sans travail. Il n'y a pas si longtemps on tirait à balles réelles sur des types dont le seul crime était de vouloir venir en Europe pour échapper à leur misère. Dans le meilleur des cas, on les relâchait à pied en plein désert.
La police était marocaine. Je n'ai pas entendu énormément de choses sur la « répression policière »
dans ce cas précis. Alors que sur la bavure sur un délinquant notoire tellement traumatisé par les forces de l'ordre qu'il recaillassait les pompiers le lendemain devrait me mobiliser devant les dangers de « l 'état d'urgence »

Non, je n'achète pas toute cette histoire et je crois aux lendemains qui déchantent tant que pesera cette chape du bien-penser.

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